L’Inserm publie ce jour les premiers résultats du volet ultramarin de l’enquête nationale CSF-2023 sur les sexualités en France. Réalisée auprès de 10 259 personnes âgées de 15 à 89 ans en Guyane, Guadeloupe, Martinique et à La Réunion, l’étude met en évidence des difficultés persistantes d’accès à la prévention et aux soins, dans des contextes territoriaux contrastés, avec notamment un recours insuffisant à la contraception, une couverture vaccinale insuffisante et un niveau élevé de violences sexuelles dans l’ensemble des territoires étudiés.
Une prévention insuffisante, notamment en matière de vaccination
Premier constat : les outils de prévention restent insuffisamment mobilisés. L’usage du préservatif demeure limité, en particulier lors de nouvelles relations, où il est utilisé dans moins de 55 % des cas.
Surtout, l’étude pointe une couverture vaccinale particulièrement lacunaire. Chez les 18-29 ans, 27,9 % des jeunes femmes sont vaccinées contre les papillomavirus humains (HPV) et 18,9 % des jeunes hommes, des niveaux nettement inférieurs à ceux de l’Hexagone et très éloignés de l’objectif national de 80 %. La vaccination contre l’hépatite B reste également insuffisante. Le recours au préservatif reste lui aussi insuffisant: inférieur à 55% lors d'un premier rapport avec un nouveau partenaire, quel que soit le sexe ou le territoire.
Contraception : un recours très inférieur à l’Hexagone
L’enquête met également en évidence un déficit marqué en matière de contraception. Entre un quart et un tiers des femmes concernées n’utilisent aucune méthode contraceptive, une proportion très supérieure à celle observée en France hexagonale (9 %). En Guadeloupe, ce taux atteint 35,1 % chez les 18-29 ans. Cette situation se traduit par un niveau élevé de grossesses non souhaitées, déclarées par 29 % à 37,2 % des femmes, dans un contexte de fort recours à l’interruption volontaire de grossesse.
Des violences sexuelles massives
Autre signal d’alerte : l’ampleur des violences sexuelles. Entre 22,7 % (La Réunion) et 28,7 % (Guyane) des femmes déclarent avoir subi un viol ou une tentative au cours de leur vie. Cette proportion dépasse un tiers chez les plus jeunes, traduisant à la fois une exposition importante et une libération de la parole sur ces violences.
Des pratiques en mutation, notamment chez les jeunes
Au-delà de ces difficultés, l’étude met en évidence des évolutions notables des comportements sexuels. Depuis 2008, l’âge du premier rapport tend à augmenter dans l’ensemble des DROM, à l’exception de la Guyane où il reste plus précoce (17,4 ans pour les femmes, 15,7 ans pour les hommes). Les écarts entre femmes et hommes se réduisent, notamment chez les jeunes générations.
On observe également une diversification des orientations et pratiques sexuelles : jusqu’à une femme sur trois parmi les 18-29 ans déclare une attirance ou des expériences avec une personne de même sexe. Toutefois, cette évolution se heurte à une acceptation sociale encore limitée de l’homosexualité dans les territoires ultramarins.
Des réalités territoriales contrastées
Si des tendances communes se dégagent, l’étude insiste sur la diversité des situations locales. « Chaque territoire est différent », rappelle Emmanuelle Rachou, de l’Observatoire régional de la santé de La Réunion, appelant à développer « des stratégies de prévention adaptées à chaque territoire ».
Ces résultats plaident en effet pour un renforcement des politiques de santé sexuelle, mieux ciblées et ancrées dans les réalités des Outre-mer.
EG avec AFP





















