Pool Art Fair : Les artistes guadeloupéens s'affichent dans le métro parisien pour promouvoir la scène artistique caribéenne au national

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Pool Art Fair : Les artistes guadeloupéens s'affichent dans le métro parisien pour promouvoir la scène artistique caribéenne au national

Du 20 au 26 avril, une sélection d'artistes de Guadeloupe et de Martinique occupe les quais du métro parisien. L'opération, lancée en amont de la foire Pool Art Fair qui se tiendra en juin à Pointe-à-Pitre, entend bousculer l'image carte-postale des Antilles et installer la scène artistique caribéenne dans le paysage culturel national.

 

Onze artistes, une œuvre chacun, déclinée dans cinq stations de métro : la campagne d'affichage orchestrée autour du Pool Art Fair met la scène guadeloupéenne sous les yeux des Franciliens pendant une semaine. « Quand vous avez une de vos œuvres en 4 par 3 dans le métro parisien, je ne pense pas que ça se soit jamais vu, ça ne s'est jamais fait », résume Patricia Lollia, peintre et sculptrice, qui présente Le peuple des hommes bleus, « hommage à tous ces peuples qui sont en lutte pour la liberté ».

Un dispositif revendiqué comme « historique »

L'initiative est portée par Thierry Alet, artiste peintre et fondateur du Pool Art Fair, salon né à New York et désormais implanté en Guadeloupe. « Ça fait un moment qu'on travaille sur la présence, sur le plan national, des artistes de Guadeloupe et de Martinique », explique-t-il. Le dispositif prolonge un numéro spécial publié avec Beaux-Arts Magazine en 2019 et une conférence consacrée, l'an dernier, à la scène artistique guadeloupéenne.

La campagne associe Air Caraïbes, l'hôtel Arawak et la Région Guadeloupe, aux côtés d'un cercle d'entrepreneurs antillais mobilisés pour co-financer l'opération. Parmi eux, Christophe Louis, gérant de la société guadeloupéenne CLI, spécialisée depuis plus de vingt-cinq ans dans le montage de projets en défiscalisation. « Nous sommes un certain nombre d'entrepreneurs guadeloupéens et martiniquais qui développons nos activités, mais qui pensons à la communauté antillaise, surtout sur l'angle artistique », justifie-t-il. Il rappelle que la dernière campagne commune des comités du tourisme de Guadeloupe et de Martinique dans le métro parisien remonte à 1982, à l'époque du slogan « Les Antilles cette année, une sacrée bonne idée ».

Sortir du cliché de la plage

Pour les artistes exposés, l'enjeu dépasse la visibilité personnelle. « On voit souvent les îles, petits paradis, les plages, la mer. Là, non, c'est pour dire que nous sommes bel et bien là, nous sommes présents et nous avons des choses à dire et à montrer », insiste Patricia Lollia, qui pointe le manque d'un « véritable projet culturel » en Guadeloupe et la prédominance d'artistes autodidactes contraints de se structurer seuls.

Même lecture chez la plasticienne Renée Ardial, qui présente Mayolè, toile en référence à la danse martiale et à la résistance antillaises. « Derrière la carte postale, il y a des dysfonctionnements au niveau du système. L'idée n'est pas de victimiser, c'est de dire que nous, Antillais, avons cette capacité de résilience, d'adaptation, de créativité. » Interrogée sur l'existence d'un art guadeloupéen identifiable, elle souligne surtout la  « On est nombreux à être sur des courants différents. Ce qu'ont de particulier les artistes guadeloupéens, c'est qu'ils délivrent des messages. »

Cap sur juin, et au-delà

La campagne n'est qu'une rampe de lancement. En juin, le Pool Art Fair rassemblera plus de 80 artistes sur le port autonome de Pointe-à-Pitre, pour une foire que ses organisateurs présentent comme le plus important rendez-vous d'art contemporain de la Caraïbe, avec plus de 10 000 visiteurs quotidiens attendus . L'édition 2026 aura pour invité d'honneur l'artiste camerounais Barthélémy Toguo, dont une œuvre illustre l'affiche officielle du salon.

Pour Thierry Alet, la séquence s'inscrit dans une conversation plus large sur les diasporas africaines et caribéennes, « un passé commun et un dispersement qui, avec l'évolution, finit peut-être par être une force ». Une grande opération serait d'ores et déjà annoncée pour novembre en Guadeloupe.