« Les métiers du paysage, ce sont des métiers du vivant » : Fabrice Teyssedre, Président de la délégation Outre-mer de l’Union Nationale des Entreprises du Paysage veut changer le regard sur la filière

A gauche : Fabrice Teyssedre, Président de la délégation Outre-mer de l’Unep - A droite : Championnat du paysage les 22 et 23 avril 2026 à l’EPLEFPA de Croix Rivail au Carbet (Martinique)/ Le chantier école qui a eu lieu du 30 mars au 10 avril à Bras Panon (La Réunion)

« Les métiers du paysage, ce sont des métiers du vivant » : Fabrice Teyssedre, Président de la délégation Outre-mer de l’Union Nationale des Entreprises du Paysage veut changer le regard sur la filière

Président de la délégation Outre-mer de l’Union Nationale des Entreprises du Paysage (Unep), Fabrice Teyssedre, également fondateur d’HydroAustral à La Réunion, porte la voix d’un secteur clé, à la croisée des enjeux économiques, environnementaux et sociaux. De la Guyane à La Réunion, en passant par la Guadeloupe et la Martinique, l’Unep Outre-mer fédère 570 entreprises du paysage, engagées dans la gestion, l’aménagement et la valorisation du végétal. Créée en 1963, l’organisation joue un rôle structurant : elle défend les intérêts de la profession, accompagne les entreprises et promeut des pratiques durables dans des territoires particulièrement exposés aux défis climatiques. Aux avant-postes de ces enjeux, Fabrice Teyssedre incarne une filière en pleine évolution, qui revendique aujourd’hui sa place dans la transition écologique. Pour Outremers 360, il détaille les ambitions et les défis d’un secteur en première ligne.

 

L’Unep Outre-mer, une filière en structuration accélérée

Créée en 1963, l’Unep est la seule organisation professionnelle du paysage reconnue par les pouvoirs publics. Forte de ses 13 unions régionales dont une dédiée aux Outre-mer, elle rassemble des milliers d’adhérents et agit au plus près des entreprises du secteur. Dans les territoires ultramarins, cette structuration est récente : la région outre-mer, mise en place il y a environ quatre ans, s’est fortement développée ces deux dernières années. Elle représente aujourd’hui 570 entreprises réparties entre la Guyane (100 entreprises, 850 actifs, 30 millions d’euros de chiffre d’affaires), la Martinique (140 entreprises, 1 450 actifs, 55 millions d’euros), la Guadeloupe (150 entreprises, 900 actifs, 30 millions d’euros) et La Réunion (180 entreprises, 1 850 actifs, 80 millions d’euros). Ces chiffres reflètent l’ensemble du tissu économique de la filière (et non uniquement ses adhérents) et témoignent de son poids croissant dans les économies locales. L’Unep accompagne la filière autour de missions clés : défense des intérêts de la profession, structuration du secteur, élaboration des normes sociales et techniques, et promotion des bonnes pratiques environnementales. « La seule organisation représentative du paysage français », rappelle Fabrice Teyssedre, qui insiste aussi sur la nécessité de « valoriser les savoir-faire de la profession » dans un contexte où les enjeux de biodiversité, de renaturation et de cadre de vie sont devenus centraux.

Le chantier école qui a eu lieu du 30 mars au 10 avril à Bras Panon (Réunion) : plus de 100m2 ont été aménagés par 9 jeunes en BP aménagement Paysagers à l’EPLEFPA Forma’terra. 
Le chantier école qui a eu lieu du 30 mars au 10 avril à Bras Panon (Réunion) : plus de 100m2 ont été aménagés par 9 jeunes en BP aménagement Paysagers à l’EPLEFPA Forma’terra. 
Le chantier école qui a eu lieu du 30 mars au 10 avril à Bras Panon (Réunion) : plus de 100m2 ont été aménagés par 9 jeunes en BP aménagement Paysagers à l’EPLEFPA Forma’terra. 

Des territoires éloignés, mais confrontés aux mêmes urgences

Pour les entreprises du paysage en outre-mer, les réalités diffèrent d’un territoire à l’autre, mais les problématiques de fond restent largement communes. L’éloignement, les contraintes d’approvisionnement, la logistique et les spécificités insulaires ou amazoniennes pèsent sur l’activité. « Les territoires ultramarins partagent des problématiques communes, d’abord structurelles, liées notamment à l’éloignement et aux contraintes qu’il implique. Mais ils sont surtout directement confrontés aux effets du changement climatique et à des dynamiques démographiques parfois fortes. Dans ce contexte, les entreprises du paysage sont en première ligne : à travers leurs interventions, elles apportent des réponses concrètes, que ce soit en matière de renaturation, de maintien du trait de côte ou encore de préservation de la biodiversité. Nos métiers s’apparentent de plus en plus à du génie écologique. » souligne Fabrice Teyssedre. Avant d’ajouter : « On est vraiment en première ligne. Dans des territoires comme La Réunion, où une grande partie du territoire est couverte par des espaces naturels, ces enjeux sont encore plus prégnants. Cela crée une forme d’unité entre les outre-mer, mais aussi une différence marquée avec l’Hexagone, car les phénomènes y sont souvent plus visibles et plus intenses. »

Une filière encore fragile, dépendante de la commande publique

Malgré son rôle stratégique, le secteur doit encore composer avec plusieurs fragilités structurelles. Dans les Outre-mer, « le chiffre d’affaires est majoritairement porté par la commande publique », observe le président. Un facteur qui rend la filière particulièrement sensible aux arbitrages budgétaires des collectivités. Pour Fabrice Teyssedre, le développement du secteur passe donc par la consolidation d’un tissu économique stable, visible et durable. D’où l’importance, selon lui, d’avoir une organisation capable d’accompagner les entreprises, de défendre leurs intérêts et de renforcer leur professionnalisation.

Ce travail passe aussi par une bataille plus discrète, mais déterminante : celle de l’image. Le recours fréquent aux emplois aidés ou à des dispositifs d’insertion sur les espaces verts peut, selon lui, brouiller la perception des métiers. Sans remettre en cause leur utilité sociale, il alerte sur le risque de réduire ces professions à une activité peu qualifiée : « Le recours aux emplois aidés est souvent présenté comme une réponse simple pour entretenir les espaces verts, avec l’idée d’“envoyer des personnes nettoyer”. Mais cette approche peut être réductrice. Il est important de rappeler que […] ce sont des professions qui nécessitent des compétences, de la formation et un véritable savoir-faire. Il ne faut pas brouiller le message : travailler dans le paysage, c’est un métier à part entière, qui s’apprend et se construit. »

Le chantier école qui a eu lieu du 30 mars au 10 avril à Bras Panon (Réunion) : plus de 100m2 ont été aménagés par 9 jeunes en BP aménagement Paysagers à l’EPLEFPA Forma’terra. 

Une actualité dense pour structurer et valoriser la filière

Sur le terrain, plusieurs initiatives traduisent cette volonté de structuration de la filière et de son image. À La Réunion, la foire agricole de Grands-Bois, prévue le 12 mai, mettra en lumière les métiers du paysage à travers un chantier-école mené avec des jeunes en formation, dans une logique de transmission et d’ancrage local : « Ce chantier-école s’est déroulé sur deux semaines, avec l’objectif de valoriser le patrimoine de la commune en amont de la foire agricole du 12 mai. Les jeunes ont pu travailler en conditions réelles, sur un aménagement pérenne, contrairement à des interventions souvent temporaires. C’est un projet concret qu'ils pourront revoir dans le temps, en repassant sur les lieux. Une expérience particulièrement valorisante, qui donne du sens à leur apprentissage. » précise Fanny Lavigne, déléguée Unep Outre-mer.

En Martinique, le championnat du paysage se tient actuellement au Carbet, avec l’appui des professionnels de la filière. Parallèlement, des ateliers dédiés à l’attractivité des métiers ont été engagés dans les quatre DROM, pour mieux faire connaître les débouchés et susciter des vocations.

Le championnat du Paysage qui a eu lieu les 22 et 23 avril à l’EPLEFPA de Croix Rivail au Carbet (Martinique), l’Unep a apporté sa contribution avec l’intervention de Nicolas Duchêne, meilleur ouvrier paysagiste 2014, expert Worlskills qui a encadré les aménagements, fait des conférences et a apporté du matériel de marque Dewalt à l’établissement, des adhérents de l’Unep ont apporté des matériaux.

Parmi les temps forts à venir, la Journée du Paysage, organisée le 11 juin au Jardin d’Eden à l’Hermitage (Saint Gilles les Bains, La Réunion), rassemblera professionnels, collectivités et experts autour d’enjeux stratégiques : solutions fondées sur la nature, gestion de l’eau, génie écologique ou encore préservation des sols et de la biodiversité.

Au-delà de ces rendez-vous, la filière s’inscrit dans une présence régulière sur les territoires, notamment à travers des événements comme la Foire de Dillon en Martinique ou des salons à La Réunion, à l’image de « Nou lé local ». Un autre temps fort est également prévu en Guyane d’ici la fin du second semestre 2026.

Le championnat du Paysage qui a eu lieu les 22 et 23 avril à l’EPLEFPA de Croix Rivail au Carbet (Martinique), l’Unep a apporté sa contribution avec l’intervention de Nicolas Duchêne, meilleur ouvrier paysagiste 2014, expert Worlskills qui a encadré les aménagements, fait des conférences et a apporté du matériel de marque Dewalt à l’établissement, des adhérents de l’Unep ont apporté des matériaux.

Former, attirer, transmettre : la filière se met en mouvement

L’apprentissage constitue justement l’un des axes forts du développement porté par l’Unep. Une nouvelle formation dédiée à la gestion écologique des chantiers a ainsi été ouverte cette année au lycée agricole de Saint-Joseph, à La Réunion : « Cette formation a ouvert cette année au lycée agricole de Saint-Joseph, à La Réunion, dans le cadre d’un dispositif inédit, avec une certification portée par l’Unep. Elle répond directement aux spécificités des territoires ultramarins, notamment la gestion des espèces exotiques envahissantes, bien plus présentes que dans l’Hexagone raison de l’absence de saisonnalité marquée. Cela impose des méthodes adaptées, souvent manuelles, comme le désherbage ciblé, le paillage ou encore la sélection d’espèces, pour limiter leur prolifération. L’objectif est d’apporter des solutions concrètes, en phase avec les réalités du terrain et les enjeux écologiques propres à chaque territoire. »

Le championnat du Paysage qui a eu lieu les 22 et 23 avril à l’EPLEFPA de Croix Rivail au Carbet (Martinique), l’Unep a apporté sa contribution avec l’intervention de Nicolas Duchêne, meilleur ouvrier paysagiste 2014, expert Worlskills qui a encadré les aménagements, fait des conférences et a apporté du matériel de marque Dewalt à l’établissement, des adhérents de l’Unep ont apporté des matériaux.

Le paysage, un métier d’avenir encore trop méconnu

Au-delà des chiffres et des événements, l’enjeu est aussi culturel. Pour l’Unep Outre-mer, il s’agit de faire reconnaître pleinement la place du paysage dans les politiques publiques, l’aménagement urbain et les stratégies d’adaptation climatique. Car derrière l’entretien d’un espace vert se jouent des questions essentielles de santé, de cadre de vie, de prévention des risques et de cohésion sociale. « On est sur du vivant », rappelle Fabrice Teyssedre, pour qui la filière a encore besoin de visibilité, de reconnaissance et de soutien.

 « Les entreprises du paysage se distinguent par la stabilité de leurs emplois. Le taux d’emplois en CDI y est particulièrement élevé, atteignant entre 95 et 97 % », souligne-t-il.

Dans ce contexte, le secteur présente des atouts solides, notamment en matière d’emploi et participe déjà à la transformation durable des territoires.