Rédigé par le collectif pour les littératures en langues régionales à l’école avec la collaboration d’auteurs et contributeurs ultramarins, un recueil d’œuvres intitulé « Florilangues » nous propose un florilège des littératures en langues de France, dont celles issues des Outre-mer pour découvrir-et faire découvrir-une littérature multiple, vivante profondément ancrée dans notre histoire commune. Une diversité linguistique et culturelle injustement invisibilisée et absente des programmes scolaires.
« Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France », rappelait en mai 2021, le Conseil Constitutionnel. Pourtant, la France n’a jamais reconnu la « Charte européenne des langues régionales ou minoritaires », arguant que sa lettre est contraire à la Constitution. Le rapport du recteur et professeur émérite de l’université de Paris Bernard Cerquiglini, qui a par ailleurs préfacé l’ouvrage « Florilangues », recensait, cependant, dès 1999, 75 langues dites « régionales », dont une cinquantaine est issue des outre-mer, confirmant ainsi la richesse linguistique des territoires ultramarins qui est particulièrement multiple et complexe. L’archipel néo-calédonien représentant 40% de cette diversité linguistique française.
Majoritairement, ces langues ultramarines n’ont pas de production littéraire écrite, alors que les traditions, éventuellement chantées, s’imposent comme une constante. Cependant, la littérature écrite existe bel et bien et parvient à émerger motivée par une volonté militante de résistance et de sauvegarde culturelles.
Mobilisation du collectif pour « les littératures en langues régionales à l’école »
En dépit de cette richesse linguistique particulièrement foisonnante dans les Outre-mer, aujourd’hui, les programmes scolaires ne laissent quasiment aucune place aux œuvres écrites par exemple en créoles guadeloupéen, guyanais, martiniquais, réunionnais ou issues des langues du Pacifique. Estimant qu’il est grand temps que les élèves français sachent qu’il a existé et qu’il existe aujourd’hui encore quantité d’œuvres conçues dans d’autres langues de France que le Français, un collectif s’est constitué et a décidé de se mobiliser pour que ces langues dites régionales soient enseignées, gages de leur conservation.
Ce collectif pour « les littératures en langues régionales à l’école » a d’abord lancé une pétition qui a recueilli 18 000 signatures et obtenu le soutien de diverses personnalités, dont notamment celui de l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau et l’artiste martiniquaise et égérie du groupe Kassav, Jocelyne Béroard.
Des auteurs et contributeurs ultramarins ont collaboré à ce recueil d’œuvres
Dans un deuxième temps, il a entrepris de rédiger un recueil d’œuvres de 35 textes issus de 16 domaines linguistiques différents, en version bilingue, avec la volonté non seulement de modifier le regard sur ces langues, mais aussi de les rendre accessibles à tous les jeunes Français.
Pour cela, il a fait appel à un certain nombre d’auteurs et de contributeurs, dont certains sont issus ou ayant un lien avec les Outre-mer comme Elsa Inimod Dernault, agrégée de créole martiniquais, la Réunionnaise Laurence Daleau-Gauvin, docteure en sciences de langage, Olivier Fandos, coordonnateur du service de l’enseignement des langues et de la culture kanak (SELCK) au vice-rectorat de Nouvelle-Calédonie, Mirose Paia, maîtresse de conférences en langues et littératures polynésiennes à l’université de Polynésie française, et Tonyo Toomaru, doctorant en langues, littérature et civilisations océaniennes.
Des extraits d’œuvres d’auteurs ultramarins présentés
Ce recueil intitulé « Florilangues » et sous-titré « De l’Alsace à Tahiti : Florilège des littératures en langues de France », propose un florilège pour découvrir - et faire découvrir - une littérature multiple, vivante, profondément ancrée dans notre histoire commune. On y trouve des extraits rédigés par des auteurs ultramarins à l’instar de Sonny Rupaire, poète guadeloupéen, Elie Stephenson, auteur guyanais, Raphaël Confiant, écrivain et créoliste martiniquais, Axel Gauvin, sociolinguiste réunionnais, Alexandre Burane Trimari, pionnier du théâtre kanak, la conteuse guyanaise Mauricienne Fortino, très impliquée dans la défense et l’illustration de la culture Palikur, du poète, cinéaste, dramaturge et défenseur des valeurs polynésiennes, Henri Hiro. Ces extraits sont précédés d’une présentation de spécialistes de chacune des langues.
Ainsi, « Florilangues » dévoile un trésor méconnu qui nous enrichit. Un ouvrage qui, comme l’écrit Barbara Cassin de l’Académie Française, dans sa préface, nous « incite à explorer davantage ce patrimoine, cette littérature qui fait retentir les parler » et nous rappelle opportunément que « face à la dictature du semblable, le plurilinguisme est un recours ».
« Florilangues »
« De l’Alsace à Tahiti. Florilège des littératures en langues de France»
Edition : L’Aucèu Libre
127 pages





















