Longtemps méconnu du grand public, le thé produit à La Réunion, s’impose aujourd’hui comme l’un des visages émergents de l’agriculture française d’excellence. Au cœur de cette reconnaissance : la marque de garantie Thé de France, conçue pour protéger l’origine réelle du thé cultivé sur le territoire national et mettre fin aux appellations trompeuses. Premier bénéficiaire de ce label, le producteur réunionnais Johnny Guichard, installé dans les Hauts de Saint-Joseph, incarne cette nouvelle dynamique qui associe traçabilité, qualité.
Sur le plateau de Grand-Coude, dans la commune de Saint-Joseph, le Labyrinthe en Champ thé n'est pas qu'une simple exploitation agricole. C'est un lieu de patrimoine vivant. Les théiers qui y poussent datent des années 1950 — des plants qui se sont naturalisés au fil des décennies, s'adaptant progressivement à un sol volcanique jeune et à un microclimat d'une rare générosité. « On a un terroir très jeune, mais le thé est déjà ancré, déjà naturalisé dans son environnement », explique Johnny Guichard, qui s'est lancé dans la production de thé en 2005. Vingt ans de labeur qui commencent à porter leurs fruits.
L'exploitation propose aujourd'hui trois gammes : thé blanc, thé vert et thé noir. Parmi ses fleurons, un thé vert baptisé « Grand Cru », travaillé sur pieds au soleil et au feu de bois, ainsi qu'une spécialité maison devenue signature de l'île : le thé blanc au géranium, récolté chaque mois et mêlé de feuilles fraîches de géranium rosat, l'autre trésor aromatique réunionnais.
"Thé de France" : une garantie qui change tout
Longtemps, La Réunion a souffert d'un déficit de notoriété. « Quand on présente notre thé, les gens disent : ah, c'est bien, c'est de La Réunion. Mais La Réunion, c'est où ? Ils ne savent pas que La Réunion est française », témoigne le producteur. « Les consommateurs demandaient une preuve claire que notre thé était bien français. Cette marque nous permet enfin de le garantir noir sur blanc », confie le producteur Johny Guichard, pour qui le label constitue aussi un levier commercial décisif sur les marchés hexagonaux et internationaux.

C'est pour combler ce vide que Jérémy Tamen, spécialiste du thé et président de l'Association des producteurs de thés français, a travaillé à la création d'une marque de garantie officielle, déposée à l'INPI. Pour en bénéficier, les producteurs doivent planter, produire, transformer et conditionner exclusivement sur le territoire français.
« Il y avait beaucoup d’appellations “thé de France” qui étaient finalement des assemblages de matières provenant de partout, sauf des territoires français », rappelle Jérémy Tamen. Cette marque protège à la fois le producteur et le consommateur. Johnny Guichard est le premier à en avoir fait la demande et à l’obtenir.
Au-delà de la reconnaissance symbolique, la marque Thé de France vise un objectif plus large : structurer une filière émergente et crédibiliser l’offre française face aux grandes nations productrices. Si la priorité reste le consommateur français, l’exportation constitue désormais un horizon stratégique. « Cette garantie d’origine est un passeport de confiance pour l’international », souligne Jérémy Tamen, qui accompagne la promotion du thé français lors de salons et d’événements spécialisés.

Un thé qui a conquis Taiwan, le Japon, la Corée
Si le marché national reste la priorité, le thé réunionnais a déjà franchi les frontières — et bluffé les plus grands connaisseurs. Jérémy Tamen se souvient d'une conférence internationale à Taïwan en 2023 : « On a goûté les thés de La Réunion et tout le monde a été bluffé par le travail réalisé, pour un territoire finalement assez jeune dans le thé. »
Le spécialiste décrit des profils aromatiques singuliers : des notes très douces, très rondes, très florales. « Des notes de fleurs blanches, de gingembre — des choses que les amateurs cherchent, que ce soit sur les thés verts, les thés blancs ou les thés noirs. » Une complexité que Jérémy Tamen attribue à la naturalisation des théiers et à la spécificité irréductible d'un terroir volcanique.

Premier symposium international du thé français à La Réunion
Du 19 au 21 mai prochain, La Réunion accueillera le tout premier International Tea Symposium, placé sous le haut patronage de l'Élysée et avec l'engagement fort de l'UNESCO. La date n'est pas anodine : le 21 mai est la Journée internationale du thé, proclamée par l'ONU.
Vingt-cinq pays producteurs sont conviés pour échanger autour du patrimoine culturel, de l'innovation scientifique et des pratiques agricoles. Le Japon sera invité d'honneur, et la Corée y sera également très présente, dans le cadre des 140 ans de l'amitié franco-coréenne.
Pour Johnny Guichard, ce symposium est l'occasion rêvée d'apprendre et de partager. « Ce que j'ai envie, c'est vraiment d'échanger avec des pays comme le Japon, pour comprendre comment ils fonctionnent et améliorer nos techniques. Montrer qu'on a notre tradition de faire du thé à La Réunion, à notre façon péi. »
Un four à thé sera construit collectivement, chaque pays participant en posant une brique, symbole d'une communauté internationale du thé.
Dans un contexte de quête de souveraineté alimentaire et de relocalisation de certaines productions agricoles, la labellisation du thé réunionnais apparaît comme un exemple concret de diversification réussie des cultures, notamment dans les territoires ultramarins.





















