Humoriste, animateur, stand-upper, influenceur et créateur de contenus martiniquais, Ludovic Romain, plus connu sous le nom de Callmeludo, s’apprêter à se produire sur scène à Toulouse et à Paris pour présenter son nouveau spectacle « On fait comme on a dit ». Nous l’avons rencontré à cette occasion pour faire plus ample connaissance et qu’il nous parle de ses débuts, de son parcours, son univers, son nouveau spectacle, sa carrière, ses ambitions et ses projets. Entretien fleuve avec un artiste qui sort des sentiers battus, mais en même temps lucide, épanoui et sûr de ses choix.
Pur produit des réseaux sociaux, vous êtes passé de l’écran à la scène. Comment s’est passé et se passe encore cette conversion ? Qu’est-ce que cela procure de faire rire en direct et devant un public ?
« Pur produit des réseaux sociaux », ça fait un peu yaourt bio élevé en plein air sur Instagram… mais j’assume (rires).
Le passage de l’écran à la scène, ça ne s’est pas fait en un clic. Sur les réseaux, tu as un téléphone, un angle flatteur, la possibilité de couper, recommencer, monter, ajouter une musique dramatique … Sur scène, tu as un micro, 900 paires d’yeux, et aucune touche « supprime ». Au début, ça a été une vraie école d’humilité. Sur Internet, tu peux faire un million de vues et te dire : « Je suis un génie ». Sur scène, si la vanne ne prend pas… tu l’entends. Le silence, c’est très honnête. Mais c’est aussi ça qui est beau. Les réseaux m’ont appris le rythme, l’efficacité, la punchline rapide. La scène m’a appris la respiration, le regard, l’écoute du public. Aujourd’hui, les deux se nourrissent. Ce que je teste en ligne peut devenir un passage sur scène, et ce que je vis sur scène nourrit mes vidéos. Et faire rire en direct… c’est incomparable. Un like, c’est silencieux. Un fou rire collectif, c’est physique. Ça vibre. Tu sens la salle respirer ensemble. Il y a une énergie qui circule, presque électrique. Parfois, tu lances une blague et la vague arrive… et tu surfes dessus. C’est addictif.
Pouvez-vous nous décrire votre univers ?
Mon univers, c’est un mélange entre un journal télé un peu trop honnête, un dîner de famille qui dérape… et une discussion WhatsApp qu’on n’aurait jamais dû lire. Je parle beaucoup du quotidien, parce que je trouve que c’est là que tout se joue. Le couple, les non-dits, les différences hommes-femmes, les traditions antillaises, la société, les contradictions modernes… On vit des choses absurdes tous les jours, mais on les banalise. Moi, je les mets sous un projecteur. Mon humour est assez frontal, mais jamais gratuit. J’aime aller sur des sujets sensibles, gratter un peu là où ça pique… mais toujours avec le sourire. Je ne me moque pas des gens, je me moque de nos comportements. De nos incohérences. De nos petites lâchetés quotidiennes.
Après vos deux premiers spectacles « Sujets Sensibles » et « Sans filtre » où vous décryptiez l’actualité, certes avec un certain mordant, mais aussi avec finesse, à quoi doit-on s’attendre dans votre nouveau spectacle « On fait ce qu’on a dit » ?
C’est un nouveau genre de show, Je viens bousculer les codes de l’humour et propose une expérience totalement inédite, du jamais vu sur scène. Le public ne se contente plus de regarder : il participe en direct grâce à son téléphone. Votes, choix, sondage, réactions, surprises… les interactions se font via une plateforme dédiée, transformant chaque spectateur en véritable acteur du spectacle. À mi-chemin entre stand-up, jeu collectif et performance interactive, on repousse les limites de la scène traditionnelle. Chaque représentation est unique, imprévisible, façonnée par l’énergie et les décisions du public. On reste sur mon ADN de la scène mais cette fois avec un jouet interactif que j’ai hâte d’utiliser à Toulouse et à Paris.
Pourquoi d’ailleurs ce titre « On fait comme on a dit » ? Comment doit-on interpréter cette expression ? S’agit-il d’une simple formule à l’emporte-pièce ou d’un engagement à tenir parole ? Une promesse pour marquer votre complicité avec votre public ?
Parce que « On fait comme on a dit », ce n’est pas juste une phrase. C’est un engagement. Déjà, c’est devenu presque un gimmick avec ma communauté. Sur Instagram, je le dis tout le temps. Les gens l’attendent. C’est comme un clin d’œil complice. Mais à force de le répéter, je me suis rendu compte que ça me ressemblait profondément. Dans la vie, on promet beaucoup. On dit « on verra », « on s’appelle », « on va faire ça… » et souvent, on ne fait pas. Moi, j’avais dit que je passerais de l’écran à la scène. J’avais dit que je proposerais un spectacle plus personnel. J’avais dit que j’irais plus loin. Donc ce titre, c’est une façon de me mettre face à mes propres paroles. De dire au public : je vous ai parlé, je vous ai fait rire en ligne, maintenant on se rencontre pour de vrai… et on fait comme on a dit. Il y a aussi quelque chose de très culturel dans cette expression. Aux Antilles, quand quelqu’un dit « on fait comme on a dit », ça veut dire : on arrête de parler, on agit. Ce spectacle, c’est ça. Moins de promesses, plus de vérité. Moins de posture, plus de sincérité.
En quoi ce spectacle est-il différent des deux autres ?
Le lien que j’ai avec le public est plus fort. Le spectateur participe activement au spectacle et la complicité que je peux avoir avec chacun d’eux dans la salle est beaucoup plus forte. L’expérience interactive de ce spectacle renforce la complicité avec le public. Chacun se sent d’ailleurs plus libre de s’exprimer, parfois de prendre la parole et de créer une improvisation avec moi qui sont clairement les meilleures parties du spectacle.
Vous vous apprêtez à vous produire dans l’Hexagone, à Toulouse, puis à Paris, preuve que votre carrière est en train de prendre une dimension au niveau national, comment abordez-vous cette nouvelle étape dans votre carrière ?
Je l’aborde avec beaucoup de gratitude… et une petite pression saine. Aujourd’hui, me produire à Toulouse puis à Paris, c’est symbolique. Ça veut dire que l’humour né sur les réseaux, peut voyager et toucher un public plus large. Mais je ne le vis pas comme une « conquête ». Je le vis comme une rencontre. Et ce qui est beau, c’est que plus on avance, plus on se rend compte que les différences culturelles existent… mais que les émotions sont universelles.
Évidemment, il y a un enjeu. Paris, c’est une place forte de l’humour. Il y a une exigence, une densité artistique. Mais moi, je viens avec ce que je suis. Je ne cherche pas à lisser mon identité pour plaire à tout le monde. Au contraire, je pense que ce qui touche, c’est la singularité.
Dans vos précédents spectacles, vous avez l’habitude d’établir une certaine complicité avec le public, comment comptez-vous aborder ce nouveau spectacle devant le public hexagonal ?
La complicité, pour moi, ce n’est pas une technique. C’est naturel. Depuis mes premiers spectacles, j’ai toujours parlé avec le public, jamais devant le public. J’aime sentir la salle, rebondir sur une réaction, improviser une punchline qui n’était pas prévue. C’est vivant. Et c’est ça que je garde, que je sois en Martinique, au Canada, en Guyane ou dans l’Hexagone. Devant le public hexagonal, je ne vais pas changer qui je suis. Je vais faire la même chose que d’habitude. La complicité, elle se construit très vite si on est sincère. Les gens sentent quand vous êtes vrai. Donc je vais être encore plus attentif, encore plus à l’écoute. Observer les réactions, sentir les rythmes, ajuster si besoin. Et puis il y a quelque chose d’excitant dans le fait de jouer devant un public qui me connaît parfois moins que celui des Antilles. Il faut gagner la salle. Et moi, j’aime ça. J’aime ce moment où on passe de « on te découvre » à « ok, on est avec to ». Au fond, peu importe l’endroit. Ce qui crée la complicité, c’est le partage d’émotions. Si on rit des mêmes choses, si on se reconnaît dans les mêmes contradictions… alors la connexion se fait. Et une fois qu’elle est là, le spectacle décolle.
Qu’envisagez –vous pour la suite de votre parcours ? L’ambition légitime serait que vous pensiez à une carrière dite nationale ? Êtes-vous prêt à sauter le pas, sachant que la visibilité et la représentation des artistes ultramarins et noirs en général, sont souvent réduites à la portion congrue ?
Je pense que l’ambition, ce n’est pas un gros mot. Ce qui compte, c’est l’intention derrière. Oui, évidemment que je pense à une carrière nationale. Pas par ego. Pas pour cocher une case. Mais parce que j’ai envie que ce que je raconte voyage. Que les histoires, les réalités, les nuances que je porte ne restent pas cantonnées à un territoire. Maintenant, je ne veux pas “monter” à Paris pour me diluer. Je veux m’agrandir sans me trahir. La question de la visibilité des artistes ultramarins et noirs est réelle. On ne peut pas faire comme si elle n’existait pas. Les espaces sont parfois réduits, les cases sont vite posées. Mais je refuse d’entrer dans une logique de plainte permanente. Mon énergie, je la mets dans le travail, dans la qualité, dans la constance. Je crois profondément que la meilleure réponse, c’est l’excellence et la régularité. Être là. Encore. Et encore. Proposer des spectacles solides, exigeants, qui parlent à tout le monde sans effacer d’où je viens. Est-ce que je suis prêt à sauter le pas ? Oui. Mais pas à n’importe quel prix. Je suis prêt à travailler davantage, à me confronter à d’autres publics, à d’autres scènes. Je suis prêt à prendre des risques artistiques. Mais je ne suis pas prêt à devenir une version édulcorée de moi-même pour rentrer dans un format. Mon ambition, elle est simple : durer. Construire quelque chose de cohérent, d’authentique. Être un artiste qui représente son époque, son territoire, sans être enfermé dedans. Si la carrière devient nationale, tant mieux. Mais qu’elle reste profondément personnelle.
Quels sont vos projets à court et à moyen terme ?
À court terme, l’objectif est clair : faire vivre « On fait comme on a dit » au maximum. Le roder encore, l’emmener dans différentes villes, affiner chaque passage, chaque silence, chaque impro. Un spectacle, ce n’est jamais figé. Il évolue avec les salles, avec les publics, avec ce que je vis aussi personnellement. Donc là, je suis dans une phase de consolidation : installer le spectacle durablement, marquer les esprits, remplir les salles. Il y a aussi le développement dans l’Hexagone, C’est une étape stratégique. Ça demande du travail en communication, en production, en structuration. Je veux que ce ne soit pas juste un « passage », mais une vraie implantation. À moyen terme, j’ai envie d’élargir le terrain de jeu. Continuer à créer du contenu digital — parce que c’est mon ADN — mais peut-être aller vers des formats plus longs : captation du spectacle, projets audiovisuels, écriture pour d’autres supports… Pourquoi pas une série ou un format hybride entre satire et fiction. Et puis il y a un enjeu important pour moi : construire une marque artistique forte. Que quand on entend « Callmeludo », on sache à quoi s’attendre en termes d’énergie, d’authenticité et de qualité. Mais au fond, mon vrai projet, à court comme à moyen terme, reste le même : progresser. Ne pas me reposer sur ce qui marche déjà. Me mettre en danger artistiquement. Et surtout… continuer à faire rire en restant aligné avec qui je suis.
Propos recueillis par Erick Boulard

One Man Show de Callmeludo
Le mercredi 4 mars 2026 : La Comédie de Toulouse
16, rue Saint-Germier
31000 Toulouse
Le dimanche 8 mars 2026 - 17h : La Cigale à Paris
Bld Rochechouart
75018 Paris
Renseignements : Tél : 01 49 25 89 99





















