Guyane : vingt ans après son interdiction, le don du sang pourrait faire son retour

Guyane : vingt ans après son interdiction, le don du sang pourrait faire son retour

Suspendu depuis 2005 en raison de risques épidémiologiques, le don du sang pourrait faire son retour en Guyane après un avis favorable du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) : des études de faisabilité sont en cours pour relancer une collecte locale.

Il y a 20 ans, les nombreux risques infectieux touchant la Guyane (VIH, arboviroses...), à commencer par la maladie de Chagas, une parasitose endémique transmise par une punaise, avaient conduit les autorités à interdire le don du sang dans le département amazonien.

Régulièrement saisi par le ministère de la Santé pour relancer la collecte, le HCSP a finalement rendu un avis favorable en juin 2025, estimant les techniques de dépistage plus performantes et les « risques infectieux maîtrisables ».

Le retour du don du sang en Guyane reste néanmoins semé d'obstacles : le HCSP l'a conditionné à la mise en place de dépistages renforcés, notamment du paludisme, maladie touchant « 200 personnes par an aujourd'hui contre 3 000 à 4 000 en 2005 », indique à l'AFP Loïc Epelboin, infectiologue à l'Unité des maladies infectieuses et tropicales (Umit) du CHU de Guyane.

Partisan de la reprise, Loïc Epelboin a constaté l'évolution sanitaire de la Guyane en 20 ans. « La maladie de Chagas est toujours présente, mais sa prévalence est très faible. La majorité des personnes vivant avec le VIH sont sous traitement, avec une charge virale indétectable », décrit-il. Quant aux arboviroses (comme la dengue ou le chikungunya, par exemple), « la situation aux Antilles, où le don du sang est possible, est proche de la nôtre », estime le médecin.

Un autre élément plaide en faveur d'un don du sang local : « favoriser l'amélioration de la prise en charge de la drépanocytose », une maladie génétique du sang touchant essentiellement les Afro-descendants (0,42 cas pour 100 naissances) et nécessitant des transfusions régulières. Or, « des impasses transfusionnelles » causées par la « très grande diversité » des groupes sanguins du territoire ultramarin peuvent arriver, selon le HCSP, qui oriente une reprise des collectes vers ces sangs rares.

Défis à relever

Depuis le feu vert du HCSP, l'Établissement français du sang (EFS) a lancé des travaux qui seront finalisés fin 2026. Ils devront apporter « la preuve d'un haut niveau de sécurité transfusionnelle », précise à l'AFP le ministère de la Santé, à qui reviendra la décision finale de la reprise de la collecte.

Plusieurs défis resteront à relever : « investir dans du matériel, recruter des équipes, mobiliser la société civile, sensibiliser la population et remettre en place une chaîne logistique », liste le directeur de l'EFS de Guadeloupe-Guyane, Stéphane Bégué. L'absence de don du sang en Guyane ne voulait pas dire que les Guyanais ne pouvaient pas être transfusés. La Guyane « n'a jamais manqué de sang, y compris pour les groupes sanguins rares », poursuit Stéphane Bégué.

Le sang transfusé en Guyane vient de l'Hexagone à 80% et de Guadeloupe à 20%, l'EFS assurant des livraisons hebdomadaires par avion. Pour les groupes sanguins difficiles à trouver, une banque nationale du sang rare à Paris en assure la fourniture. 

« Elle dispose d'une grande richesse de sang, sous forme congelée, qu'elle peut envoyer en moins de 24 heures si nécessaire. Jamais un patient, même avec un groupe sanguin rare, n'a de perte de chance », assure à l'AFP Stéphane Bégué. Et si une collecte de sang est relancée en Guyane, celle-ci ne réduira néanmoins pas la dépendance logistique de la Guyane : les laboratoires locaux ne sont pas encore en mesure de traiter le sang.

« Quand du sang est prélevé chez un donneur, il n'est pas transfusable en l'état », précise Stéphane Bégué. Plusieurs étapes sont réalisées dans les laboratoires de l'EFS en Guadeloupe. Même s'il est à nouveau collecté en Guyane, le sang sera donc toujours envoyé aux Antilles avant de revenir.

Reste que ce retour serait un pas vers davantage d'autonomie sanitaire en Guyane, pour laquelle milite Marie-Laure Phinéra-Horth (RDPI), la sénatrice du département amazonien. L'enjeu serait avant tout symbolique et politique. « Les Guyanais veulent mettre fin à cette situation discriminatoire », explique le Pr Epelboin. Celle d'être le seul département de France où il n'est pas possible de donner son sang.

Avec AFP