En Guyane, Naiké Bouchaut, expert-comptable, Commissaire aux comptes et Présidente de l’ordre des experts comptables et Grégory Routard, Directeur régional des finances publiques misent sur une coopération gagnante au service de l’économie du territoire

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En Guyane, Naiké Bouchaut, expert-comptable, Commissaire aux comptes et Présidente de l’ordre des experts comptables et Grégory Routard, Directeur régional des finances publiques misent sur une coopération gagnante au service de l’économie du territoire

Dans un territoire marqué par un tissu entrepreneurial encore fragile, une forte dépendance à la commande publique et des spécificités fiscales uniques, la DRFIP de Guyane et l’Ordre régional des experts-comptables ont choisi de conjuguer leurs expertises. Leur ambition : accompagner les entreprises, anticiper les difficultés et bâtir des solutions adaptées aux réalités locales. Dans un entretien croisé accordé à Outremers360, Naiké Bouchaut et Grégory Routard lèvent le voile sur les contours d’un véritable duo gagnant au service de l’économie guyanaise.

 

Entre cadre institutionnel et alliance de terrain, un duo qui fonctionne

À l’origine, la relation entre la DRFIP et l’Ordre régional des experts-comptables repose sur un cadre légal. Comme le rappelle Naiké Bouchaut, « le représentant du ministère siège auprès de l’Ordre comme commissaire du gouvernement ». Mais en Guyane, cette obligation s’est transformée en véritable partenariat opérationnel.

« Il n’y a pas de lien hiérarchique. On a vraiment une vision commune de notre action auprès du secteur économique », souligne Grégory Routard. Une approche partagée par la présidente de l’Ordre : « Ce sont les personnes qui font que les relations fonctionnent ou pas. Nous avons une vision commune pour le territoire. »

C’est précisément cette convergence qui fait aujourd’hui la force du tandem. Leur méthode : jouer collectif. DRFIP, experts-comptables, URSSAF, chambres consulaires, collectivités, banques… tous les acteurs sont mobilisés pour apporter des réponses concrètes aux entreprises.

Un tissu économique à structurer, face au poids de l’informel

Avec près de 40 000 entreprises actives, la Guyane affiche un dynamisme entrepreneurial réel. Mais derrière ces chiffres, la réalité est plus contrastée. Le tissu est majoritairement composé de très petites entreprises (TPE), peu structuré, marqué par un poids important de l’informel et une fragilité persistante. « Près de 40 % des entreprises ne déclarent pas leurs revenus. » précise Grégory Routard.

Dans ce contexte, les moyens d’accompagnement restent limités. Seuls 25 experts-comptables exercent en activité principale sur le territoire. « C’est trop peu au regard de l’informel », reconnaît Naiké Bouchaut, pointant également des freins structurels à l’attractivité de la profession : « manque de formations sur place, départ des jeunes diplômés, image encore datée du métier. »

Pour la DRFIP comme pour l’Ordre, l’enjeu est clair : ramener les entreprises vers une gestion formalisée et sécurisée. « Il est primordial d’avoir une comptabilité régulière. Si vous n’êtes pas à jour fiscalement et socialement, vous ne pouvez pas bénéficier de tous les dispositifs d’accompagnement », insiste Grégory Routard.

Un impératif d’autant plus stratégique que l’économie locale repose largement sur la commande publique, qui représente entre 65 et 70 % de l’activité selon la DRFIP. Dans ce cadre, la régularité administrative devient une condition d’accès aux marchés. Une charte signée en octobre 2025 vise d’ailleurs à améliorer la situation, notamment en réduisant les délais de paiement : « Depuis la signature, nous avons déjà gagné quatre jours, soit près de 8 % du délai global de paiement », précise le directeur régional.

Au-delà des chiffres, le message est clair : sans structuration, une partie du tissu économique risque de rester durablement en marge des dispositifs de soutien et des opportunités de développement.

Des enjeux spécifiques : fiscalité, parler clair et numérique

La Guyane se distingue par un cadre fiscal singulier : la TVA ne s’y applique pas. Une spécificité qui place le territoire en dehors du champ de la réforme nationale de la facturation électronique, largement pensée autour de cette taxe. Mais plutôt que de rester en marge, la DRFIP et l’Ordre des experts-comptables proposent un dispositif équivalent, adapté aux réalités locales, afin de mieux structurer les flux et professionnaliser les pratiques. « N’attendons pas dix ans pour reprendre la facturation électronique. On est prêts », plaide Grégory Routard.

Autre priorité : rendre la norme plus lisible. La DRFIP développe ainsi des outils de « parler clair » pour traduire le langage administratif en messages accessibles. « L’idée, c’est d’utiliser l’IA pour mieux se faire comprendre par l’usager », explique-t-il, évoquant des réponses simplifiées ou des moteurs de recherche capables de transformer des questions du quotidien en démarches fiscales compréhensibles. Du côté des experts-comptables, la transformation numérique est aussi vue comme une opportunité : « L’IA nous permettra d’aller plus vite, mais le côté humain restera central. L’expert-comptable restera le partenaire privilégié du chef d’entreprise », estime Naiké Bouchaut.

La pêche comme modèle de collaboration transposable

L’exemple le plus concret de cette coopération concerne la filière pêche, secteur stratégique mais fragilisé. Jusqu’au 31 décembre 2026, les pêcheurs peuvent renouveler leur flotte de manière dérogatoire, avec un financement public couvrant 50 % de l’investissement.  Mais comment financer les 50% restants ?

« Nous avons mobilisé les acteurs institutionnels, notamment Bpifrance, mais aussi le secteur bancaire classique, jusqu’ici largement absent du financement de la pêche. Pour sécuriser ce financement, nous avons proposé une offre de service : faire intervenir un expert-comptable afin de réaliser un diagnostic comptable et financier conforme aux attentes des banques. Ce diagnostic permet de clarifier leur situation, de répondre aux exigences du secteur bancaire et de faciliter l’accès au financement. Il est, en outre, soutenu par la Collectivité territoriale de Guyane, ce qui en réduit fortement le coût pour les pêcheurs. » souligne le DRFiP.

Pour Naiké Bouchaut, cette opération illustre la valeur du partenariat : « Ce modèle peut être transposé à d’autres secteurs, par exemple l’agriculture. »

Au fond, c’est bien là l’ambition commune : faire de cette coopération un outil de développement économique. « Cela crée une véritable dynamique, fondée sur une relation de confiance, y compris avec d’autres acteurs institutionnels. Et cette dynamique est clairement porteuse pour l’économie du territoire guyanais. » résume Grégory Routard.