Devant les agents ultramarins de Paris, Emmanuel Grégoire sonne la charge contre la « résurgence insupportable d’un racisme décomplexé »

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Devant les agents ultramarins de Paris, Emmanuel Grégoire sonne la charge contre la « résurgence insupportable d’un racisme décomplexé »

Le maire de Paris a présidé, ce lundi, la traditionnelle commémoration du décret du 27 avril 1848, abolissant l’esclavage, devant plus de 300 agents de la capital, Ultramarins pour l’essentiel. L’occasion pour l’édile de rappeler l’engagement de Paris pour le mémoire de l’esclavage et de sonner la charge contre le « racisme », les « discours de haine » et les « discriminations à l'origine, au genre ou à la couleur de peau ».

« Un événement très symbolique de notre histoire, que la ville sonore a organisé chaque année ». Cette commémoration, instaurée en 2000 par Jean Tibéri, était présidée pour la première fois depuis 2014 par un nouveau maire. Emmanuel Grégoire, en l’occurrence, accompagné par sa secrétaire générale, Marie Daudé, son adjoint aux Outre-mer, Laurent Sorel mais aussi le réalisateur Abd al Malik, dont le film « Furcy, né libre » a été diffusé, suivi d’un débat.

Outre des remerciements aux agents de la ville, le maire a longuement salué le réalisateur, « parisien authentique qui fait vivre cette culture cosmopolite parisienne auquel nous sommes très attachés », et son film qui permet « d'ouvrir les yeux sur cette histoire vraie, celle d’un homme (Furcy, ndlr) qui se bat pour la reconnaissance de son statut d'homme libre. Une histoire qui raconte au travers de ce destin, d'abord l'absurdité, mais aussi l'injustice et la violence de l'esclavage ».

« C'est la raison pour laquelle nous sommes ensemble aujourd'hui. Pour se souvenir de cette date très symbolique du 27 avril 1848, le jour où notre pays adopte ce fameux décret abolissant définitivement l'esclavage en France. Cette date nous sert de point de rendez-vous pour partager cette mémoire de l'esclavage et les valeurs qui ont permis d'abolir. Ces valeurs évidemment que porte Paris et que porte la nation toute entière : la liberté, l'égalité et la fraternité », a déclaré le maire.

« Si cette cérémonie avait, il y a encore quelques années, le goût de la mémoire et de l'honneur que nous devons à tous ceux qui ont été les victimes, force est de constater que l'actualité nous rappelle chaque jour de façon plus dangereuse et impérieuse combien les vieux des mots refont surface », a-t-il poursuivi, sonnant la charge contre une « résurgence insupportable d'un racisme décomplexé qui profite à l'évidence de relais médiatiques complaisants et complices qui s'en font les porte-parole ».

L’édile socialiste a notamment affiché son soutien à son collègue francilien Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, qui accumule à son égard les « attaques » à caractère raciste et xénophobe. « À chaque fois qu'il sera attaqué sur ce terrain-là, il trouvera Paris et son maire à ses côtés » a-t-il assurant, annonçant une visite prochaine à Saint-Denis pour « lui dire notre soutien et notre solidarité totale ».

« Nous ne devons pas laisser passer ce racisme et nous devons le poursuivre partout c'est possible. Nous devons le poursuivre politiquement, juridiquement, philosophiquement, parce que chaque centimètre que vous laissez aux racistes, ils s'en saisissent pour en conquérir de nouveau » a lancé Emmanuel Grégoire, qui érige Paris en « cœur de la résistance aux discours de haine ». « Nous pouvons accepter aucune discrimination qui soit à l'origine, au genre ou à la couleur de peau » a-t-il encore insisté.

Sur la mémoire de l’esclavage, « la ville de Paris a toujours souhaité s'engager » a aussi rappelé l’édile, citant notamment la participation de la Capitale dans la création de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage -l’adjoint aux Outre-mer siège au sein de cette Fondation-, ou encore sa participation à la création du futur Mémorial national de l'Esclavage et à son mur des noms.

« On traverse une époque particulière, une époque dangereuse » a abondé le réalisateur Abd Al Malik, appelant à « être capable de regarder notre histoire, même la plus sombre » pour « réussir à déposer nos sacs de douleurs et avancer pour que véritablement on fasse France, toutes et tous ensemble ».