Biodiversité : La présence d'une nouvelle espèce de requin marteau confirmée en Polynésie

© Clem S

Biodiversité : La présence d'une nouvelle espèce de requin marteau confirmée en Polynésie

Le projet Ma’o Cycling en cours au large de Tahiti a permis d’identifier et de confirmer scientifiquement la présence de requins marteau lisse dans le Pacifique central. Cette découverte porte officiellement à trois le nombre d’espèces de requins marteaux et a 35 le nombre d’espèces de requins présentes en Polynésie Française. Détails avec notre partenaire Radio 1. 

 

Le 25 mars 2026, les équipes de l’Institut pour la Recherche sur les Écosystèmes Mésophotiques et Profonds (IREMP) ont publié dans le Journal of Fish Biology, référence mondiale en matière de recherche ichtyologique (étude des poissons), la confirmation de la présence d’une nouvelle espèce de requin marteau en Polynésie Française.

Après la capture de deux femelles, nommées « Tere » et « Poe », sur lesquelles a été réalisé une collecte de données morphologiques et génétiques, les équipes de l’IREMP ont pu effectuer la première confirmation génétique de la présence du requin marteau lisse (Sphyrna zygaena) en Polynésie française. Ce requin marteau a la particularité d’avoir le céphalofoil (partie distinctive du requin, appelée « tête de marteau ») incurvé et sans indentation médiane marquée (pas de pli sur le bord frontal de la tête) ainsi qu’un comportement solitaire et « hautement océanique » (évolue au large, en haute-mer).

« On a pu avoir l’opportunité de collecter un petit fragment de génétique sur l’animal, qu’on a pu faire analyser. Et les analyses ont été formelles, en plus des observations morphologiques qu’on a pu faire sur le terrain, finalement il s’agissait d’une espèce de marteau qui n’était pas encore confirmée dans sa description en Polynésie. Il s’agit bien du requin marteau lisse, qui est le Sphyrna zygaena. En termes de morphologie, ce requin se caractérise par un céphalofoil incurvé mais au milieu du céphalofoil il n’y a pas d’indentation médiane. Ce qui porte à 35, aujourd’hui, le nombre d’espèces de requins officiellement confirmées dans les eaux polynésiennes » détaille Clémentine Séguigne, cheffe du projet Ma’o Cycling.

Une découverte « co-construite »

Cette découverte a été rendue possible par le partage d’informations en provenance de naturalistes (plongeurs, usagers de la mer, pêcheurs) qui ont fait part à l’IREMP de l’observation de requins marteaux solitaires au large, ce qui ne collait pas avec le comportement du requin marteau halicorne, qui partage avec le requin marteau lisse la particularité d’avoir le céphalofoil incurvé (qui lui n’est donc pas soliatire).

La découverte a ensuite été effectuée dans le cadre d’observations terrain du projet Ma’o Cycling, porté par l’Observatoire des Requins de Polynésie avec différentes structures gouvernementales (DRM, DIREN, Biosécurité, CAPL), scientifiques (IREMP, ORP) mais aussi le Port de Pêche de Papeete et des acteurs privés. Ce dernier a pour but de s’assurer qu’il n’existe pas de risque pour la bonne santé des populations de requins ni pour les usagers de la mer suite à la diminution puis l’arrêt complet du rejet en mer des sous-produits de la pêche hauturière. Cela passe par le balisage et le marquage d’autres espèces de requins, dont le requin tigre et le requin soyeux. 

Au large de Tahiti, les équipes capturent les requins par la technique de pêche poito (pêche à la bouée), soumise à l’autorisation de la direction de l’environnement, dans le respect du bien être animal. Rapproché du bateau, le requin est positionné en immobilité tonique, afin d’être en total relâchement musculaire. C’est dans ce cadre que les deux specimens « Tere » et « Poe » ont pu être observés. D’après la chercheuse, le requin marteau lisse est un requin antitropical, qui se trouve plutôt dans les zones tempérés, dans les hémisphères Nord et Sud. Jusqu’à présent, il n’était pas connu dans le Pacifique central, ce qui porte l’hypothèse que ces requins « pourraient faire le lien entre les populations de l’hémisphère nord et de l’hémisphère sud ». Une hypothèse qui reste bien sûr à prouver, puisque le voile vient juste d’être levé sur une espèce qui n’est donc pas encore étudiée ni inscrite au code de l’environnement mais qui pourrait être présente dans ces eaux « depuis longtemps« .

Un élément intéressant pour la recherche dans son ensemble : « Je pense que ce que ça veut dire c’est qu’il y a des zones qui sont beaucoup moins échantillonnées que d’autres, c’est-à-dire qu’on étudie beaucoup les environnements qui sont les plus faciles d’accès : les environnements côtiers, les environnements peu profonds. Ça ouvre beaucoup de perspectives sur justement l’importance de s’intéresser à des milieux beaucoup plus difficiles d’accès, qui sont notamment les zones isolées, le large et aussi les milieux profonds. Il y a peut-être d’autres types de menaces et d’autres biodiversités qui ont besoin d’être protégées sur des écosystèmes davantage extrêmes. Il faut aujourd’hui mettre de l’effort sur l’étude de la biodiversité océanique et profonde. C’est quelque chose qui semble important. » ajoute la cheffe de projet.

Cette découverte porte officiellement à trois le nombre d’espèces de requins marteaux présents en Polynésie Française, aux côtés du grand requin marteau (Sphyrna mokarran) et du requin marteau halicorne (Sphyrna lewini), et a 35 le nombre d’espèces de requins confirmées dans les eaux polynésiennes.

Par Radio 1