Face aux accusations portées contre le gouvernement par la députée Anchya Bamana, la ministre des Outre-mer assure ne pas prendre à la légère le dossier des rapatriements des défunts mahorais depuis l’Hexagone. Elle rappelle son implication personnelle ainsi que celle de son cabinet à chaque sollicitation afin de résoudre les difficultés rencontrées. Elle annonce la convocation, dans les prochains jours, d’une réunion avec les compagnies aériennes, à laquelle seront conviés les parlementaires mahorais. Un sujet de notre partenaire Flash Infos / Mayotte Hebdo.
C’est un sujet inhabituel qui s’est invité dans les débats de l’Assemblée nationale à Paris, ce mercredi, à l’occasion de la traditionnelle séance hebdomadaire des questions au gouvernement : celui des dépouilles de personnes originaires de Mayotte décédées dans l’Hexagone. Anchya Bamana (députée de la 2nde circonscription) a interpellé la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, au sujet des difficultés rencontrées par de nombreuses familles pour rapatrier les corps de leurs défunts vers leur île natale.
Ce problème, que l’on pensait moins récurrent depuis l’année dernière et les premiers mois de la crise née du cyclone Chido, aurait refait surface, d’après la députée mahoraise, qui a fait part à ses collègues parlementaires et aux membres du gouvernement des nombreuses sollicitations qu’elle reçoit de familles endeuillées.
« Seize mois après le cyclone Chido, la situation des rapatriements des défunts vers Mayotte est scandaleuse. Les familles, brisées par le deuil, attendent des semaines, parfois des mois, pour pouvoir enterrer leurs proches à Mayotte. Ce n’est plus un dysfonctionnement administratif, c’est une faute de l’État ! Nous parlons de défunts français, bloqués, stockés dans des hangars à l’aéroport Charles-de-Gaulle faute de solutions rapides pour leur retour à Mayotte. Voilà la réalité que la République inflige à ses enfants », a déclaré la députée RN de l’île.
Devant une ministre des Outre-mer très attentive à ses propos, Anchya Bamana a expliqué que cette situation engendre attente, détresse et colère au sein des familles. S’en prenant directement au gouvernement, elle a affirmé que, dans cette affaire, « le plus insupportable, c’est le spectacle de votre impuissance », a-t-elle lancé à Naïma Moutchou, évoquant des saisines adressées à cette dernière ainsi qu’à son homologue des Transports. « Tout le monde est au courant et personne ne réagit, chacun se renvoie la balle pendant que les familles sombrent dans la souffrance et l’humiliation », a ajouté la députée mahoraise, avant d’interroger : « Comment pouvez-vous accepter, en 2026, qu’on soit incapable de garantir ce respect élémentaire aux morts et cette dignité minimale à leurs familles ? »
Une remarque qui, selon toute vraisemblance, a profondément touché la ministre des Outre-mer, à en juger par le regard désemparé qu’elle a affiché à cet instant. Anchya Bamana s’est alors adressée à l’ensemble des parlementaires et membres du gouvernement présents dans l’hémicycle du Palais Bourbon pour leur signifier que ce qu’ils ne seraient pas capables de supporter pendant 48 heures pour l’enterrement d’un proche en province, les Mahorais sont contraints de l’endurer pendant des semaines, voire des mois.
Au terme de son intervention, la parlementaire a souhaité savoir quel ministère allait endosser la responsabilité de ce dossier et connaître les mesures immédiates, concrètes et contraignantes qui seraient mises en œuvre pour résorber une situation dramatique qu’elle n’a pas hésité à qualifier de « honte ».
La réponse est venue de Naïma Moutchou, qui a admis avoir été sollicitée à plusieurs reprises par Anchya Bamana et l’avoir accompagnée, à chaque fois, avec les membres de son cabinet, afin de trouver des solutions. Elle a indiqué que l’État s’était assuré auprès des compagnies aériennes que ces situations soient traitées avec la plus grande célérité possible, afin d’apporter des réponses aux familles endeuillées. La ministre a précisé que l’État prend en charge une partie du coût de ces rapatriements, à hauteur de 50%, et qu’il soutient également les familles souhaitant se rendre aux obsèques de leurs proches ou leur rendre visite avant leur décès.
Elle a expliqué que les difficultés proviennent notamment de la disponibilité des vols à destination de Mayotte (de deux à quatre par semaine selon les saisons) et de l’organisation des compagnies aériennes chargées des rapatriements. Ces derniers répondraient, selon elle, à trois critères : « des obligations règlementaires de transport, les capacités offertes par les vols -plus importantes en haute saison- et des impératifs liés à des demandes urgentes, notamment pour des produits sanitaires ou alimentaires ».
Naïma Moutchou a déclaré entendre les familles mahoraises, qui ont besoin d’être rassurées quant à la prise en compte de leurs demandes dans les meilleurs délais. « J’ai pris contact avec les compagnies aériennes afin que nous puissions trouver des solutions. Nous organiserons une réunion la semaine prochaine avec elles pour dégager des pistes de résolution ». Les parlementaires mahorais seront conviés à cette réunion. Les compagnies aériennes contactées par nos soins n’ont pas souhaité s’exprimer sur ce sujet pour le moment. D’autres operateurs impliqués dans ce dossier, tels que les sociétés de pompes funèbres, se montrent toutefois moins alarmistes. Elles estiment qu’un retour à la normale est amorcé depuis plusieurs mois, l’épisode exceptionnel du cyclone Chido étant désormais derrière nous.
L’une d’entre elles a notamment salué la réactivité de la chaîne d’intervenants en lien avec les services du Département-Région de Mayotte, en particulier les Maisons de Mayotte à Paris et à Saint-Denis de La Réunion, ainsi que la bonne organisation des associations de la diaspora, très impliquées dans ces opérations de rapatriement. Ces professionnels avancent une autre explication aux difficultés rencontrées par certaines familles mahoraises vivant hors du territoire : certaines n’auraient pas le réflexe de solliciter immédiatement les professionnels habitués à travailler avec les autorités mahoraises, ce qui allongerait les délais de rapatriement des corps, indépendamment des contraintes réelles liées aux compagnies aériennes.





















