A l’initiative de l’association Pomme Rose et de sa présidente Geneviève Sézille-Ménil, un colloque sera consacré à Paris le 24 mars prochain au philosophe, homme de lettres, militant infatigable des forces de progrès social martiniquais, René Ménil. L’occasion de découvrir ou redécouvrir l’œuvre, la puissance de ses écrits, les combats et la vision du monde de cet « éveilleur de consciences » par trop méconnu.
« Réparer une seule injustice, c’est déjà mettre le monde en ordre ». Peut-être est-ce cet aphorisme de Voltaire qui guide Geneviève Sézille-Ménil, enseignante, présidente de Pomme Rose dans sa détermination à faire connaître l’œuvre et les combats de René Ménil, son défunt mari.
Il faut dire qu’au pays de Césaire, Glissant et Fanon, difficile de se faire une place dans la galerie des auteurs de cette époque. Ces derniers possèdent une telle aura et bénéficient d’une renommée tellement importante qu’ils ont, malgré eux, phagocyté et mis sous le boisseau l’oeuvre et la vision du monde de tous les autres hommes de lettres martiniquais de cette génération.
Pourtant, comme le souligne l’universitaire martiniquais Roger Toumson « il est grand temps d’accorder l’attention qu’il mérite » à l’écrivain René Ménil, « homme de lettres méconnu, philosophe, prosateur et prioritairement lui aussi poète ».
Un infatigable militant du progrès social au service des Martiniquais
René Ménil nait en 1907 au Gros- Morne, en Martinique, d’un père petit paysan et d’une mère couturière. Après un passage au lycée Schoelcher, il est reçu au concours général des lycées et intègre en tant que boursier et interne le célèbre lycée Louis le Grand à Paris, puis une fac de lettres pour y effectuer une licence de philosophie.
Rapidement ses idées progressistes le poussent à agir. En 1932, il est à l’origine de la création du groupe « Légitime défense » qui publie la revue éponyme. En 1935, il décide de revenir en Martinique suite à la perte de sa bourse pour avoir participé à la publication de « Légitime défense » qui est dissous et remplacé aussitôt par le groupe « Front commun ». En 1936, « Font commun » s’inféode au Parti communiste Français et se transforme peu à peu en fédération communiste de la Martinique jusqu’à la création du Parti communiste martiniquais (PCM) en 1957. René Ménil sera militant communiste et membre du bureau jusqu’en 1972.

Entre temps, il participe avec Aimé Césaire, dont il sera un temps compagnon de route, à la revue « Tropiques » qui contribue à l’émergence de l’identité et de la culture martiniquaises. De 1943 à 1952, puis de 1962 à 1972, il sera le rédacteur en chef de l’hebdomadaire « Justice », l’organe du PCM. Il est à l’origine également de la création de « Action », la revue théorique du PCM et en deviendra le directeur.
Des écrits puissants
Connu pour ses écrits militants, René Ménil fut avec Aimé Césaire, « une grande figure de la révolution culturelle qui, aux Antilles françaises au lendemain de la Seconde guerre mondiale, dans l’ordre de l’histoire politique, de l’histoire des idées, a disqualifié les bases du système esclavagiste », selon Roger Toumson qui fera partie tout comme André Lucrèce, de Kora Véron, auteure de la plus importante biographie de Césaire et bien sûr de Geneviève Sézille Ménil des intervenants au colloque de Paris.
La publication en 1981 de « Tracées – Identité, Négritude, Esthétique aux Antilles » et plus tard en 1999 de « Antilles déjà jadis », un ensemble de textes écrits à différentes périodes de l’histoire contemporaine martiniquaise en dit long sur la puissance de ses écrits, comme d’ailleurs le fait remarquer le sociologue, écrivain et critique littéraire martiniquais André Lucrèce pour qui « l’autorité forte avec laquelle René Ménil a analysé la question de l’identité antillaise, en prenant ses distances avec le superficiel, est présente dans l’ensemble de ses textes ».
Impensable donc que l’œuvre de ce penseur martiniquais, philosophe, homme de lettres et militant infatigable des forces de progrès social au service des Martiniquais, de cet « éveilleur de consciences » restât confinée dans les méandres de l’histoire. Car ses écrits qui apportent « une autre vision du monde, un autre rapport à l’homme et à l’être au monde », comme le rappelle Geneviève Sézille-Ménil, sa veuve, méritent d’être connus par les jeunes générations.
Après avoir autoproduit en 2019 en 2 tomes les écrits de René Ménil sous le titre « René Ménil éveilleur de consciences », Geneviève Sézille-Ménil s’est attelé à la tenue d’un colloque le 24 mars 2023 à Paris (avant celui qui se déroulera en Martinique en février 2024 à l’occasion du vingtième anniversaire de la mort de René Ménil) autour de l’œuvre et les combats de celui qui affirmait « nous sommes des descendants d’Africains, nous sommes noirs et nous devons penser par nous-mêmes ».
Un colloque en forme d’hommage pour un grand penseur martiniquais méconnu. Comme pour réparer cette anomalie historique qui l’a injustement privé d’entrer dans le Panthéon des grandes figures intellectuelles martiniquaises et de faire partie de la mémoire collective des Martiniquais des deux rives.
E.B.
Colloque René Ménil
« Retour sur le parcours d’un éveilleur de consciences »
Auditorium de la mairie de Paris
5, rue Lobau
75004 Paris
Contact : Association Pomme Rose
Tél : 06 96 27 14 28.























