Dans notre série hebdomadaire sur les personnalités emblématiques qui ont marqué l’histoire des Outre-mer, nous nous intéressons aujourd’hui au parcours peu commun du Guadeloupéen Gabriel Lisette, administrateur colonial, plusieurs fois député, ministre plénipotentiaire, et président du premier Conseil de gouvernement du Tchad sous domination française, faisant de lui le chef de l’exécutif local.
Gabriel Lisette naît le 2 avril 1919 à Puerto Bello au Panama, de parents guadeloupéens. Son père est marin-pêcheur et sa mère couturière. Son arrière-grand-père fut le maire de Sainte-Rose en Guadeloupe. Revenus dans leur pays natal, ses parents l’envoient poursuivre ses études au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre. Élève brillant, il part en 1941 pour Paris où il intègre l'Ecole nationale de la France d'Outre-mer. Lisette devient ensuite administrateur colonial et est affecté à Brazzaville de 1944 à 1946, puis au Tchad à la fin de cette dernière année.
Très tôt convaincu qu’il est essentiel de permettre aux colonies françaises de décider elles‑mêmes de leur avenir, Gabriel Lisette rejoint, dès les premiers mois de l’après‑guerre, le jeune Rassemblement démocratique africain (RDA), qui milite pour une plus grande autonomie. Il se présente pour la première fois aux élections législatives de novembre 1946, à la tête d’une liste d’union tchadienne, dans le « collège des autochtones ». À seulement vingt‑sept ans, il est élu député, devenant l’un des plus jeunes parlementaires de la législature française. Il est ensuite nommé membre de la Commission des territoires d’Outre‑mer, dont il devient également secrétaire.
Gabriel Lisette fonde également le Parti progressiste tchadien (PPT), section locale du RDA. Aux élections de janvier 1956, il mène une liste d’union soutenue notamment par le RDA et les radicaux‑socialistes français, et remporte l’un des deux sièges en jeu. La même année, il accède à la tête de la mairie de Fort‑Lamy — future capitale de l’État du Tchad, qui prendra plus tard le nom de N’Djamena.

Gabriel Lisette dans son bureau au Tchad en 1960
C’est là que son avenir bascule. À partir de 1956, les réformes engagées par le gouvernement français — en particulier la loi‑cadre Defferre — ouvrent un nouvel espace politique. Le suffrage universel est élargi, les assemblées territoriales se voient attribuer de véritables pouvoirs, et l’idée d’un gouvernement autonome commence à prendre forme. S’appuyant sur son ancrage local et sur son expérience parlementaire, Lisette conduit alors le PPT à la victoire électorale. En 1957, il devient le premier président du Conseil de gouvernement du Tchad, une fonction qui fait de lui le chef de l’exécutif local dans un système encore dépendant de Paris, mais engagé dans une transformation profonde.
Il demeurera président deux ans, avant d’être renversé par François Tombalbaye, membre fondateur du PPT et ancien proche de Gabriel Lisette, dénonçant le fait qu’il soit français et de ne pas représenter l’identité nationale. Tombalbaye deviendra le premier président du Tchad indépendant en août 1960. Pour autant, Lisette n’abonne pas la politique. Lorsque le général de Gaulle revient au pouvoir à l’été 1958, il fait de Gabriel Lisette l’un des principaux relais de sa politique africaine.
Aux côtés de Lamine Gueye, Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Félix Houphouët‑Boigny (Côte d’Ivoire), et Philibert Tsiranana (Madagascar), Lisette participe à un groupe de travail chargé de rédiger les articles de la nouvelle Constitution définissant les relations entre la France et ses territoires au sein de la Communauté française. En mai 1959, il est nommé ministre‑conseiller pour la Communauté.
Gabriel Lisette demeure l’un des acteurs majeurs de la diplomatie française à l’égard de ses anciennes colonies. Promu au rang de ministre plénipotentiaire, il dirige en 1960 la délégation française à la Conférence de Tanger organisée par la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique. De 1960 à 1979, il représente ensuite la France auprès de la Commission économique des Nations Unies pour l’Amérique latine. S’éloignant progressivement de la politique, Lisette demeure cependant actif, devenant membre de l'Académie des sciences d'Outre-mer et membre du conseil de direction du Comité français pour la Campagne mondiale contre la faim. Il décède le 3 mars 2001 à Port-de-Lanne dans les Landes.
PM
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